Et si ton conjoint passait de plante verte à acteur le jour de la naissance, pour t’aider à soulager la douleur ?

Martin est parti 3 semaines en voyages d’affaires en Nouvelle Calédonie. Il rentre au petit matin, encore un peu groggi de sa nuit passée dans l’avion.

Quand il arrive, Aude, enceinte de 5 mois, lui tend un bon café chaud et un livre « La naissance naturelle : comment accoucher sans péridurale ? ».

Sur le coup, Martin ne comprend pas. Il est heureux d’être bientôt papa, mais il ne vit rien physiquement et l’accouchement lui paraît encore bien loin…

Alors quand Aude dit à Martin qu’elle a envie de « faire sans », c’est à dire « sans la péridurale », et qu’elle souhaite qu’il l’accompagne et la soutienne dans ce projet, c’est comme si le ciel lui tombait sur la tête !

«Mais pourquoi faire sans ? Ca ne se fait plus d’accoucher sans péridurale ! Tu vas souffrir inutilement ! » « Tu es sûre que tu en es capable ? » « Et si ça se passe mal ? »  « Il faut que je fasse quoi pour te soutenir ? ».

Il est fatigué, et il se dit que c’est une lubie de plus de son épouse et il lui répond : “Après tout, c’est toi qui voit”.

Aude se sent blessée par les remarques négatives de Martin. Elle conclut sèchement l’échange : “C’est notre enfant à tous les deux et ça te concerne également.”

Mais quelques instants plus tard, elle réalise qu’il était sûrement présomptueux de croire qu’il suffisait de glisser un livre entre les mains de son mari pour le convaincre.

Suite à cette discussion houleuse, elle prend un moment pour réfléchir calmement.

C’est vrai que la naissance de leur fille s’était “à priori” bien passée.

Aude s’était préparée à cette première naissance, mais sans vraiment savoir ce qui l’attendait.Elle avait peu entendu parler du moment de la naissance, en dehors des images édulcorées des magazines, ou des histoires négatives transmises dans sa famille. 

La naissance aujourd’hui n’est plus un moment de transmission de femmes à femmes ou une histoire de famille, mais un événement médicalisé. Caché derrière les murs de l’hôpital, lieu cadré et aseptisé, il se prête souvent mal à la projection de cet instant aussi intime et essentiel que la naissance de son enfant.

Alors Aude avait suivi sagement les protocoles et tout ce qu’on lui disait de faire, sans vraiment réfléchir à ce qu’elle désirait vraiment vivre. Elle ne se rendait pas compte à quel point ce moment était fondamental et pouvait impacter sa vie, celle de son enfant, son couple, et leur relation à tous les trois.

Elle avait accepté avec joie la péridurale dès son arrivée à la maternité car elle n’arrivait plus à gérer la douleur. Finalement le travail, puis la poussée avait été longs, elle n’avait pas senti grand chose au moment de la naissance, et le médecin avait dû venir et faire naître sa fille avec les forceps. L’épisiotomie lui avait fait mal pendant un long moment, et la cicatrice pouvait encore la gêner.

Martin, lui, avait assisté à l’accouchement. Avec sa surblouse, il avait alors joué au Dr Ross, comme dans Urgences, sans réaliser qu’il était finalement resté dans un coin à faire la plante verte.

Finalement, même si en apparence “tout s’était bien passé”, que sa fille et elle allaient bien, au fond d’elle-même elle s’était vraiment sentie dépossédée. Elle avait du mal à raconter son accouchement et elle sentait que cela impactait, par petites touches, sa vie quotidienne: elle avait mis du temps à créer un lien avec sa fille, elle demandait plus souvent l’aval de Martin… Comme si la confiance qu’elle avait en elle avant s’était un peu dissipée. Elle se disait qu’elle n’avait pas été capable d’accoucher comme les femmes le font depuis la nuit des temps. Elle sentait au fond d’elle-même qu’elle était passé à côté de quelque chose.

Après ce long moment dans ses pensées, Aude comprend à quel point l’accouchement sans péridurale lui tient à coeur. Elle se sent beaucoup plus sûre d’elle et capable de vivre cet accouchement différemment, plus proche de sa vie qu’elle “croque à pleines dents”.

Elle prend donc son courage à deux mains, et revient auprès de Martin. Elle lui dit qu’elle a compris sa réaction et que son incompréhension était normale, car ils n’en n’avaient pas vraiment parlé auparavant. Elle lui explique ses ressentis, et à quel point c’est important pour elle de vivre ce moment de façon naturelle, en évitant la médicalisation. Elle trouve les mots pour le persuader d’être à ses côtés pour préparer cette naissance. Ils comprennent qu’ils ont besoin de se préparer ensemble, pour permettre à Aude de vivre au mieux son accouchement et aider Martin à trouver sa place.

Ils décident de commencer par une séance de découverte de préparation à la naissance par l’hypnose et c’est ainsi que quelques jours plus tard, je les vois arriver tous les deux.

1/ Comprendre la douleur de l’accouchement

Grâce à sa discussion avec Martin, Aude sait pourquoi elle est là. Elle souhaite être capable de gérer la douleur le jour de l’accouchement. L’enjeu pour moi est donc de lui expliquer comment son corps percevra la douleur, et la façon dont elle pourra maîtriser ses perceptions et accoucher sans anesthésie.

Je vais aussi guider Martin pour qu’il trouve sa place en ayant pleinement conscience de ce que sa femme expérimentera le jour de l’accouchement.

Si vous avez lu le livre Millenium de Stieg Larson, vous vous souvenez sans doute du demi-frère de Lisbeth Salander, Ronald Niedermann, décrit comme un “colosse blond”, “battit comme un robot antichar, et souffrant d’analgésie congénitale”. Cette maladie affecte le système de communication du corps, le système nerveux. Chez lui, ce système, qui permet d’informer le cerveau qu’il se fait mal, ne fonctionne pas. Cela peut paraître bénéfique au premier abord, et pourtant cette information est capitale pour protéger le corps en toutes circonstances. 

Pour donner un exemple, si je mets ma main sur des plaques brûlantes, un message est transmis au cerveau: “ça brûle”. Tout de suite, le cerveau envoie un ordre pour retirer la main. Dans le cas de Ronald Niedermann, ce système est défectueux: il ne ressent donc rien, aucune douleur, et peut donc se blesser gravement, sans s’en rendre compte! Il se sert néanmoins des bénéfices de ne rien ressentir pour combattre, et sa force et sa stature viennent contrebalancer cette maladie.

Mais quand ce système ne fonctionne pas, cela signifie également que les sensations agréables, comme un massage, un bain chaud, marcher dans le sable chaud…ne sont pas transmises. Nous pouvons donc nous réjouir d’avoir un système nerveux efficace, qui nous permet de nous PROTÉGER lorsqu’on se fait mal ou de PROFITER lorsque c’est agréable.

Pour rentrer un peu dans les détails, ce système nerveux informe le cerveau grâce à des MESSAGERS, sous la forme d’un influx nerveux grâce aux nerfs jusqu’au cerveau: c’est le traitement PHYSIQUE de la sensation (agréable ou désagréable).

Au niveau du cerveau, le message est analysé, et le cerveau réagit en libérant des hormones ou un nouveau message nerveux: c’est le traitement PSYCHIQUE de la sensation.

Selon l’environnement, l’état psychique dans lequel on est, le message sera traité complètement différemment. Je vais vous donner quelques exemples: 

  • un enfant qui tombe, qui se fait mal et on lui fait un câlin, tout de suite la douleur diminue, il se calme.
  • Je viens faire une prise de sang, j’ai attendu 1 heure, l’infirmière rale, la douleur augmente.
  • Je me fais mal contre une table basse, et en même temps j’apprends que je viens de gagner au loto, la douleur diminue.
  • J’ai décidé de faire un marathon, je garde mon objectif en tête, même si c’est difficile, la douleur va être moindre : on va transcender, gérer, passer à travers cette douleur pour atteindre son objectif.

Grâce à ces différents exemples, on comprend que la sensation dépend du CADRE, du contexte, de l’environnement, de l’objectif, de ce que je décide d’en faire: c’est à dire de la dimension psychique.

Il y a donc pour toute sensation une dimension PHYSIQUE, qui est la transmission du message nerveux, et une dimension PSYCHIQUE, c’est à dire le traitement par le cerveau qui varie selon le cadre.

2/ Soulager rapidement la douleur grâce à la visualisation

J’explique à Aude et Martin que l’on peut agir sur le traitement psychique des sensations grâce à une simple visualisation. Cette visualisation permet au cerveau de libérer les bonnes hormones et donc d’agir sur la douleur, de la modifier.

Comme Aude m’a dit qu’elle aime “croquer la vie à pleines dents”, je leur propose à tous les deux de tester la visualisation du citron.

“ Vous allez imaginer que vous êtes sur un marché au bord de la mer. C’est l’été, il fait beau et doucement chaud.

C’est alors que vous passez devant l’étal d’un maraîcher, qui vient de recevoir de magnifiques citrons, qu’il est en train d’ installer. Vous êtes attiré par leur couleur jaune, chatoyante, et l’odeur fraîche qu’ils dégagent. Vous en prenez un dans votre main, le plus beau et le plus gros.

Vous sentez le relief de sa peau, sa texture à la fois douce et granuleuse, sa température… Le maraîcher vous propose de le goûter. Il coupe alors le citron en deux. Vous prenez une moitié de citron dans votre main, et vous voyez sa belle pulpe jaune et juteuse. Vous portez maintenant le citron à votre nez, vous respirez son parfum…

Vous pressez du jus de ce citron que vous mettez directement dans votre bouche, et vous croquez dans le citron. Vous sentez la pulpe et le jus de citron dans votre bouche, toutes les petites pulpes de citron qui éclatent contre votre langue et se diffusent sur vos papilles. Vous avalez tout ce jus de citron, et vous appréciez la fraîcheur de son jus, son côté piquant et vivifiant…

Et là vous prenez simplement conscience que vous avez peut-être plus de salive dans votre bouche. Vous essayez de vous souvenir combien de salive vous aviez avant et vous comparez à la quantité de salive que vous avez maintenant dans votre bouche. Et vous prenez tout le temps dont vous avez besoin pour ressentir à nouveau le jus de citron dans votre bouche, et à quel point cela augmente la quantité de salive dans votre bouche…”

C’est leur première expérience de visualisation hypnotique. Si je leur avais dit “augmentez maintenant la quantité de salive dans votre bouche”, cela n’aurait pas fonctionné. Mais d’imaginer croquer un citron augmente automatiquement la salive, comme s’ils appuyaient sur un bouton.

Aude est enthousiaste.

Martin qui était jusque là sur la réserve, est perplexe en se rendant compte qu’il a lui aussi plus de salive après cette simple visualisation. Il commence doucement à s’intéresser à ce monde qu’il ne soupçonnait même pas.

Cette technique de visualisation du citron a permis à Aude d’expérimenter une réaction physiologique et de ressentir physiquement comment l’hypnose fonctionne.

C’est cette capacité à observer et à maîtriser ses réactions que nous travaillerons ensemble dans les mois à venir. Cela lui permettra de soulager la douleur, le jour de l’accouchement.

Cette visualisation pourra aussi lui être utile s’il lui arrive d’avoir soif, en attendant d’avoir de l’eau à portée de main.

Suite à cette expérience, je leur propose alors d’essayer la visualisation du “Lieu Ressource” qui pourra aider Aude à soulager la douleur le jour de l’accouchement. Cette visualisation permet de s’imaginer dans un lieu merveilleux. Tout comme la visualisation du citron entraîne la production de salive, s’imaginer dans un lieu ressourçant permet au corps de libérer des hormones: de la dopamine ou de la sérotonine, hormones du bien-être, mais surtout des endorphines, hormones permettant d’anesthésier le corps.

De plus, changer le cadre dans lequel on est, penser à autre chose, regarder un film émouvant, permet de détourner son attention et de se focaliser sur autre chose. On ne ressent plus la douleur: C’est la “dissociation”.

3/ Un père soutenant à l’accouchement – Le rôle de Martin

Je leur explique qu’une séance d’hypnose est constituée de plusieurs phases – Induction et Approfondissement (pour aider la personne à se relaxer et rendre la visualisation plus efficace), Visualisation, puis Réassociation (Pour revenir à un état “normal”) – qu’ils vont trouver dans le script que je leur propose. Je me tourne vers Martin pour lui dire que c’est lui qui va “conduire la séance”.

Je lui propose d’imaginer: 

“Si tu étais un acteur, sur scène, que ferais-tu pour que l’actrice avec qui tu joues se relaxe? Comment lui parlerais-tu?” 

Et je le guide en lui donnant quelques astuces:

Adapter le ton et le rythme de sa voix: 

  • Parler calmement, doucement mais pas mollement
  • Accentuer les mots favorisant la relaxation, en détachant les syllabes. Par exemple: « Vos muscles se re-lâ-chent, se re-la-xent. Vous êtes com-plè-te-ment dé-ten-due…»
  • Ne pas avoir peur des répétitions, car le cerveau est comme un enfant de 5 ans: il a besoin de répétition pour ancrer l’information
  • Parler davantage sur l’expiration d’Aude pour l’accompagner dans la relaxation (c’est à dire lorsqu’elle souffle)

Choisir un fond sonore:

Je leur propose de mettre une musique qui va accompagner la relaxation. Chez eux, ils pourront trouver de nombreuses musiques de relaxation sur youtube (en tapant « musique 10Hz » par exemple) ou utiliser une musique douce qu’ils apprécient.

Personnaliser les phrases et les idées : 

J’explique enfin à Martin que le script est long, très écrit, mais que les visualisations peuvent être plus simples. Le but est de donner des idées, des exemples de phrases ou d’images. Lorsqu’il sera familiarisé avec le script, il pourra ensuite le personnaliser, par exemple, en fermant les yeux et en imaginant lui-même un paysage à partir des indications d’un lieu qu’Aude aime particulièrement.

Aude s’installe confortablement. Martin est un peu fébrile, il parcourt le texte rapidement, prend une inspiration, puis se lance…

Il lit les premières phrases avec hésitation, et peu à peu la magie opère… La musique l’aide et le ton de sa voix change, il suit de plus en plus la respiration d’Aude. Je vois qu’il suit les mouvements imperceptibles de son corps, comme les bras qui se relâchent, le visage qui se détend, les mouvements des paupières. Il accentue certains mots et l’accompagne dans cet état de relaxation.

“Il y a du soleil et un ciel qui n’a jamais été d’un si beau bleu. 

Le temps et la température sont juste comme il faut, et tu sens les rayons du soleil qui réchauffent et relaxent tous tes muscles encore plus.

Cela t’apaise et te détend. Et plus tu sens les rayons du soleil et plus tu te détends, et plus tu te détends, et plus tu ressens les rayons du soleil. 

Tout est si tranquille ici. Et maintenant que tu es dans un état de relaxation encore plus profond, tu sens comme cela est agréable.”

Aude se relâche et se laisse glisser de plus en plus profondément…

Je me fais toute petite… Je suis toujours touché par ce moment où de nouveaux liens se créent entre la femme et son conjoint, touchée par cette intimité que les couples m’autorisent à voir. Je sais qu’Aude est d’autant plus réceptive que c’est son conjoint, grâce à sa voix, son intonation, qui la guide dans l’hypnose.

Alors je les laisse mener la fin de la séance, car je sais qu’ils ont compris, qu’ils ont pris les rênes et qu’ils savent maintenant comment faire pour être autonomes. Martin sait comment il peut soutenir Aude, la porter, trouver les bons mots, les bons gestes, mais aussi être le gardien de leur intimité le jour de la naissance.

Il a compris comment TROUVER et PRENDRE SA PLACE, « tout simplement ». Ce n’est plus un vague concept abstrait, il l’a expérimenté. Il comprend aussi que c’est possible, qu’elle est capable de mener son projet à bon port. Ce n’est pas une « lubie de femme enceinte », et il comprend à quel point ce moment est essentiel pour elle, pour son enfant et pour lui.

Entre les séances, je vais leur recommander de s’entraîner le plus possible, pour habituer le corps et l’esprit à retrouver cet état d’hypnose automatiquement et rapidement. Puis au cours des séances suivantes, nous allons faire ensemble des ajustements, peaufiner, tester d’autres visualisations et apprendre à les personnaliser pour qu’ils n’aient plus besoin de « script » à lire. Mais ils ont compris le fonctionnement, le concept et le pouvoir qu’ils ont maintenant entre leurs mains pour faire du jour de la naissance un moment fort et exceptionnel.

Si toi aussi tu souhaites un accouchement naturel, sans péridurale, et que ton conjoint devienne lui-aussi Acteur de la naissance, télécharge mon guide “Apprends l’hypnose en 5 étapes pour accoucher sans péridurale”.

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